Biscotte et l'anneau du voisin
Un dîner en bas de chez soi
À dix-neuf heures vingt, Julie repassait la dernière chemise de Karim, et Biscotte attendait.
Elle attendait depuis le début, assise à la bonne distance du fer, les pattes jointes, avec la patience d'un huissier. Dès que la chemise blanche quitta la planche, encore tiède, elle fut dessus. Elle tourna deux fois, s'affaissa avec un soupir de grande dame, et ferma les yeux.
- Elle ne dort que sur le linge qui vient d'être repassé, dit Julie, comme on présente une règle de physique.
- Je sais, répondit Karim, debout dans l'entrée, une bouteille de vin à la main. Mais c'est ma chemise pour ce soir.
- Alors tu mets l'autre.
- Il n'y a pas d'autre. L'autre, c'est celle qu'elle a eue hier.
Ils regardèrent Biscotte. Biscotte, qui ne dormait pas du tout, ouvrit un œil, fit mine de comprendre, et se rendormit avec ostentation. Karim enfila un pull.
Il fallait descendre d'un étage. Monsieur Ferrand, le voisin du dessous, les avait invités pour la première fois, après trois mois de bonjours dans l'escalier et une conversation mémorable sur les poubelles. C'était un homme soigné, au pas lent, qui parlait toujours de son aquarium comme d'un collègue de bureau dont il aurait été très fier.
- Tu laisses la porte de la salle de bain ouverte, souffla Julie en passant. Sinon, elle boude jusqu'à demain.
- Elle boude déjà, constata Karim.
Biscotte les avait suivis. Personne ne l'avait vue sortir, personne ne l'avait invitée, mais elle franchit le seuil de Monsieur Ferrand avec le calme d'une inspectrice des travaux finis, et s'en alla droit vers le salon.
- Oh, mais vous avez emmené la demoiselle, dit Monsieur Ferrand, ravi. Biscotte, c'est bien ça ? Je vous préviens, elle ne touchera à rien, j'ai l'habitude des chats.
Karim ouvrit la bouche pour répondre quelque chose de poli. Il n'eut pas le temps. Biscotte avait découvert l'aquarium.





