Gaston et la peur du noir
Le soir où la lumière s'éteignit
Ce soir-là, comme tous les soirs, Gaston dormait sur le dos, les quatre pattes en l'air. Sa langue dépassait un peu de sa gueule. Ses oreilles pendaient de chaque côté de sa tête, comme deux petits rideaux.
Dans le lit à côté, Lina ne dormait pas. Elle avait sept ans, et ses yeux grands ouverts regardaient le plafond.
Papa venait de passer la tête par la porte.
- Bonne nuit, ma puce, avait-il dit. Maman et moi, on est juste à côté.
- Bonne nuit, Papa.
Puis la lumière s'était éteinte. Clic. Et la chambre était devenue toute noire.
Lina serra sa couverture. Elle écouta la maison. Un tuyau qui grinçait. Une porte qui se fermait, au loin. Le vent dans l'arbre, dehors.
Alors Gaston ouvrit un œil.
Il n'avait pas besoin qu'on lui dise ce qui se passait. Il sentait les choses, lui. Il sentait quand un enfant avait le cœur qui allait trop vite. Il se retourna, bascula sur ses quatre pattes, bâilla en faisant couiner sa gueule, et s'approcha du lit de Lina, ses griffes tic-tic-tic sur le parquet.
Lina sourit dans le noir.
Elle se souvenait de la première fois. Au refuge, derrière la grille, il y avait des dizaines de chiens qui aboyaient, qui sautaient, qui criaient « moi, moi, moi ». Et puis il y avait celui-là, plus calme que les autres. Il n'avait pas aboyé. Il s'était approché, doucement, et il avait posé sa tête sur ses genoux, à travers les barreaux. C'était tout. C'était lui qui l'avait choisie.
Maintenant, il posait son museau froid et humide sur sa main. Toc. Un tout petit coup, comme on frappe à une porte.





